Doit-on arrêter de faire des bébés en Afrique?
C’est l’une des interrogations les plus cruciales du moment… Elle fait débat partout et des nombreux experts, africains ou étrangers, donnent leur point de vue sur le sujet. Mais rien ne semble être bien défini pour servir de canevas à bon nombre de pays africains, surtout dans la maitrise de leur évolution démographique. Mais le retard de développement de l’Afrique n’est pas exclusivement lié à son taux de fécondité.

Transition démographique, dividende démographique… Voilà autant des termes qui nourrissent les actualités africaines sur la croissance démographique. Mais avant de procéder à une quelconque approche de réponse à la question posée ci haut, j’aimerais mettre en exergue deux faits.

Une Europe vieillissante
Avec une population vieillissante de sorte que l’âge médian est à environ 45 ans, le vieux continent qu’est l’Europe repense à encourager les ménages à faire de bébés. Ceci naturellement pour pallier au déficit démographique. Ayant atteint la transition démographique il y a si longtemps (i.e avec un taux de mortalité et de natalité en baisse typique des pays très développés), l’Europe rencontre un problème de renouvellement des générations de nos jours.
Des projections montrent une décroissance conséquente de la population européenne dans les décennies à venir. Certains experts estiment même une convergence à disparition de la population dans certains pays comme l’Allemagne ou l’Italie (le taux de fécondité étant très faible, variant entre 1,2 et 1,5 enfant par femme). Je parle ici de la population à l’état pur.

Beaucoup d’experts mettent donc sur table des solutions. Celles-ci vont notamment dans l’ordre d’encourager les ménages à faire plus de bébés, d’alléger le flux migratoire pour repanser les mains d’œuvres… Et ceci, en investissant dans les pays du tiers monde pour partir du principe de gagnant-gagnant. Lien👇
<< on investit chez eux, on crée des usines chez eux pour sauver notre système de retraite. Et… on leur apporte notre technologie et eux, ils nous apporteront notre jeunesse. C’est donc gagnant-gagnant >>.
Gagnant-Gagnant ???
sur BMF business, les propos de Jean-Marc Daniel, prof émérite à l’ESCP. Clique ici
Une Afrique perdue.
L’Afrique d’une manière générale n’est qu’à la deuxième phase de la transition démographique (i.e. le taux de natalité reste élevé). Mais l’émigration reste fréquente dans les quatre coins de l’Afrique. Avec un fort taux d’accroissement naturel, l’Afrique pourrait contenir les 1/4 de la population mondiale d’ici 2050 selon les projections des Nations Unies.
On déplore évidement que le niveau de développement ne serait pas à son paroxysme. Ainsi avec cette pauvreté qui règne toujours en maître des lieux, certains experts suggèrent limiter les naissances. En fait, ils considèrent l’enfant comme une source de consommation et non une source de richesse comme la plupart des cultures et des ménages « pauvres ».
Est-ce en limitant les naissances que l’Afrique pourrait sortir du sous-développement ?? Même si le développement venait, est ce qu’il est judicieux pour l’Afrique de vivre le niveau actuel de l’Europe? N’y a t il pas une stratégie pour contourner la limitation des naissances et arriver à un développement durable??
Autant d’interrogation qu’on puisse se poser. Mais il est à déplorer que le taux de fécondité baisse et baissera encore en Afrique bien que le record mondial soit sur le sol africain (Niger avec environ 7 enfants par femme).
Avec
- La course au développement,
- L’élargissement et l’influence de la modernité même dans le milieu rural,
- L’impact considérable du modernisme sur les cultures traditionnelles africaines,
la théorie de Malthus s’impose. Cette théorie, pour rappel, stipulait que la population croit de façon exponentielle alors que les ressources alimentaires augmentent de façon arithmétique. C’est ce qui entraîne souvent les crises, la famine. Selon Thomas Malthus dans œuvre essai sur le principe de la population publiée en 1798 , les hommes doivent limiter les naissances pour se régulariser et arriver à l’autosuffisance alimentaires… Et bien évidemment au développement économique.

Ci-dessus le taux de variation du PIB au Tchad entre 2012 et 2028. Alors que la population est estimée à environ 18millions en 2024 selon les projections de l’INSEED Tchad depuis le dernier RGPH de 2009. Cette variation fluctuante du PIB, sans aucune proportionnalité avec le taux de fécondité, est catégoriquement indépendante des naissances enregistrées. Le cas ci, la croissance économique, par ricochée celle du PIB, pris en compte les réalités du terrain est fortement liée à des maux cancéreux de base. Parmi ces maux, on peut citer l’insécurité, la corruption, la mauvaise gérance des biens publics mais aussi le manque d’un système éducatif bien solide.
On peut sentir ainsi une urgence de réduire les naissances pour accroître la production comme au modèle de la Chine. Il est clair qu’avec sa politique de l’enfant unique instaurée en 1979, la Chine se voit au rang de première puissance économique aujourd’hui. Mais est ce que cela serait aussi simple?? Ne serait-il pas judicieux de réfléchir africain et de penser à se développer africainement??
********************************
Si le Cameroun cherche à atteindre la transition démographique, pourquoi les ménages camerounais continuent par faire plus de 4 enfants en moyenne?? Ceci était une question intéressante posée au Prof. Emmanuel Ngwé, expert démographe camerounais, enseignant à l’institut de formation et de recherche démographiques (IFORD) à Yaoundé. Son approche de réponse à cette question montrait aussi clairement son expertise en la matière.
🗣 » On se laisse tromper par les mots: dividende démographique, transition démographique … Mais le principal problème du développement de l’Afrique n’est pas son taux de fécondité si bien que cette variable démographique doit être prise en compte dans le processus de planification du développement. »
Comme pour dire contrôler la fécondité est très important pour la planification de développement. Mais cela ne constitut pas le problème primordial qui entrave le développement de l’Afrique.
A lire son livre: population du Cameroun, du comptage des effectifs, à l’analyse des phénomènes démographique au CDI IFORD, Yaoundé-Cameroun.
On pourrait aussi réfléchir classiquement en ce sens que le développement social entraînerait le développement économique. En fait, la mise sur pieds d’une société plus juste et plus équitable boosterait la production. Ceci passe donc par un enterrement des conflits inter-communautaires, conflits agriculteurs-éleveurs en campagne s’accompagnant de la hausse du taux de scolarisation etc.
Des adjuvants potentiels comme les institutions politiques et la religion devraient réglementer la vie en société et permet ainsi de booster l’économie. Malheureusement, on se rend compte que dans la plupart des pays africains surtout subsahariens, c’est tout le contraire qui se passe. Les humains peinent à cohabiter. Liberté est aussi donnée de penser que cela résulte des faits coloniaux. L’imposition des frontières met en bloc des individus avec une diversité culturelle et linguistique sans précédent. En revanche, cela ne devrait empêcher en rien le fait de s’asseoir et de penser à un meilleur avenir commun.
Et alors
La fécondité baisse considérablement à cause des nouvelles méthodes de vie devenus chères (l’éducation, la santé, le transport, la communication). Et cela pousse les ménages à avoir des enfants en qualité qu’en quantité. 👉 Ici pour plus d’éclaircissements sur la cherté de vie qui affecte les ménages.
Parallèlement, les grands penseurs et les décideurs africains doivent songer à booster l’économie africaine tout en tenant compte du risque de vieillissement de la population. Des mesures nécessaires doivent donc être prises en matière de la fécondité tout en sachant que c’est pas là le principal problème de l’Afrique. On peut penser à se développer africainement sans toutefois vouloir copier le modèle développement ailleurs.
Car « en voulant poser la toiture d’une case sur une autre, elle tombe dedans ou se trouve trop grande« . Tiré du livre d’Aimé Cesair, la tragédie du Roi Christophe.
Quelques chiffres
Lire aussi Les langues maternelles sont-elles désacralisées? du meme auteur.